
Discours
de M. Germinal Peiro au nom du groupe socialiste
sur le projet de loi OGM
Discours - mardi 1 avril 2008
Monsieur le Président,
Mme Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de la commission des affaires économiques,
Monsieur le Rapporteur, chers collègues..,
Le débat parlementaire que nous ouvrons aujourd’hui
pour la première fois devant notre assemblée porte sur l’un
des sujets les plus délicats de ces dernières années.
Le développement agricole des cultures d’organismes génétiquement
modifié est un sujet tellement difficile qu’il a fallu deux projets
de loi des Gouvernements UMP pour que nous puissions discuter de son contenu,
et qu’il nous a fallu attendre des reports successifs pour, à
chaque fois, éviter l’écueil des élections. Il
fallait transcrire la législation européenne. Vous avez d’abord
choisi la voix réglementaire, évitant le débat. Cette
transcription a déjà fait l’objet de trois décrets
du 19 mars 2007, encadrant la mise sur le marché d’OGM, la dissémination
volontaire et fixant la liste des techniques de modification génétique
et les critères de classement des OGM.
Le déclenchement de la clause de sauvegarde contre le maïs MON
810 est le dernier avatar de la série. Le Conseil d’Etat a pour
l’instant débouté ceux qui ont attaqué le décret
du Gouvernement. Tout cela montre tout de même les doutes sérieux
que nous avons sur cette technologie nouvelle dont les effets restent largement
incertains.
Le Sénat a eu l’honneur déjà de discuter deux fois
de ce sujet, alors que vous avez contraint l’Assemblée nationale
à rester silencieuse jusqu’à présent. On comprend
pourquoi en regardant le contenu du texte que vous présentez aujourd’hui.
Le Grenelle de l’environnement, dont la majorité et le Gouvernement
n’ont cessé de vanter les conclusions, va subir son premier coup
bas.
Le Ministre d’Etat ministre de l’écologie expliquait devant
le Sénat qu’il faut « admettre que les risques [de la culture
d’OGM] posent des problèmes radicalement nouveaux ». C’est
le moins que l’on puisse dire en ce qui concerne la biodiversité,
par exemple. Mais il faut aller plus loin, et parler des risques que font
peser les OGM sur la structuration de l’économie agricole, parler
des risques d’appauvrissement de la diversité des cultures au
profit des plantes génétiquement modifiées qui seraient
promues comme seules plantes dignes d’être cultivées, au
motif qu’elles répondraient à un schéma de profits
imposé par les semenciers.
Quant au risque de la brevetabilité du vivant : elle permettrait une
appropriation mercantile du vivant, du patrimoine génétique
commun de l’Humanité. Nous en connaissons déjà
des effets. Nous avons tous vu les comportements révoltants de certaines
multinationales qui n’hésitent pas à breveter des plantes
utilisées depuis des millénaires par des peuples entiers.
Problèmes sanitaires
Pourquoi madame et Messieurs les Ministres le texte qui nous est soumis fait-il
problème ?
S’il existe un consensus sur l’utilisation des OGM en milieu confiné
à des fins pharmaceutiques, il existe un désaccord profond sur
la mise en culture des plantes génétiquement modifiées.
Or, ce texte vise de fait à légaliser les cultures OGM en plein
champ, et il ouvre la voie à la mise en place à grande échelle
de ces cultures sur le territoire national.
Le Groupe socialiste radical et citoyen s’oppose à ce texte de
loi car nous considérons que les doutes ne sont pas levés et
que nous risquons de nous engager sur une voie dangereuse.
PLAN SANITAIRE
Sur le plan sanitaire, le Président de la République lui-même,
lors de la clôture du Grenelle de l’environnement a qualifié
très justement les PGM de plantes pesticides. Oui, mes chers collègues,
les plantes pesticides représentent plus de 99% des OGM alimentaires.
Au moment on il est reconnu au plus haut sommet de l’Etat que les PGM
sont de véritables réservoirs à pesticides, on aurait
pu s’attendre à ce que ce projet de loi définisse un cadre
d’évaluation des PGM au moins équivalent à celui
des pesticides, qui constituent aujourd’hui un problème sanitaire
majeur.
En effet, la directive 91/314 prévoit pour les pesticides les études
suivantes :
• des études toxicologiques sur trois espèces animales
différentes pendant trois mois
• Plus des études à un an et à deux ans sur le
rat.
Contrairement à ce que demandait le comité de préfiguration
de la haute autorité sur les OGM, il n’en est rien dans votre
texte. A Aucun moment vous ne précisez ce en quoi devra consister l’évaluation
des risques pour la santé publique !
Indépendance
A aucun moment il n’est mentionné la nature des laboratoires
qui effectueront les études d’évaluation sanitaire.
Leur indépendance n’est en rien garantie vis-à-vis des
demandeurs d’autorisation de dissémination. Au risque que ces
études soient conduites par des laboratoires soumis aux firmes semencières.
Au travers de la question de l’indépendance vis-à-vis
des firmes semencières, c’est toute la crédibilité
de la démarche qui est engagée. Faut-il suivre aveuglément
ces entreprises qui, depuis plus de vingt ans, développent des semences
OGM et ne cessent de mener un combat contre l’opinion publique pour
nous obliger, nous, élus, de les suivre. Qui peut croire que ceux qui
ont développé le Round up puis l’OGM résistant
au Round up ont l’intérêt général en ligne
de mire ? Qui peut croire que ceux qui ont fait la promotion des PCB, de la
dioxine, qui fabriquent encore l’hormone de croissance bovine, oeuvrent
pour le bien commun lorsque nous savons que ceux-là ont fréquemment
menti sur les effets connus des produits, lorsque ceux-ci se moquent ouvertement
de nous tous pour faire tourner un peu plus la roue du jackpot au mépris
de la santé publique et de l’environnement ? Le bilan est accablant.
Nous ne voulons pas participer à la promotion de leur esprit et de
leurs intérêts. Ce projet de loi y participe pourtant.
Le débat que nous abordons est donc au cœur des sujets de société
parce qu’il touche à ce que nous avons de plus intime : notre
nourriture et celle des générations future, mais aussi notre
environnement, et le devenir de la biodiversité.
Environnement
Sur le plan environnemental, mes chers collègues, nous savons tous
que la décision que nous prendrons sera irréversible. Et c’est
à l’aune de ce fait là, sur l’impossible retour
en arrière, que nous devons mesurer la responsabilité qui nous
incombe.
Pourquoi irréversible ? Pour une raison simple, c’est qu’en
matière de grandes cultures, la coexistance ne sera pas possible.
C’est un leurre que de vouloir faire croire que parce que les cultures
seront espacées de 20 m, de 50 m, de 100 m, il n’y aura pas de
dissémination. Cette théorie est à peu près aussi
crédible que celle qui a voulu nous faire croire que le nuage de tchernobyl
s’est arrêté à la Frontière allemande. Il
est prévisible que la dissémination se fera naturellement par
le pollen, transporté par le vent, par le pollen transporté
par les insectes, et les abeilles dont on sait qu’elles vont jusqu’à
15 KM.
Les disséminations se feront aussi par les oiseaux qui transportent
les graines, par les rongeurs, par les pertes de semence lors des récoltes
ou durant les transports, autant de paramètrent qui engendrent des
repoussent d’une années sur l’autre.
En quelques années, si nous passons de 1% de cultures OGM comme c’est
le cas aujourd’hui pour le maïs, à 10 ou 20%, c’est
l’ensemble du territoire qui sera concerné.
Avons-nous le droit de prendre ce risque pour les générations
futures ?
Pour le Groupe socialiste, la réponse est non ! Et je vous propose
chers collègues de lire ou de relire les mots de Nicolas Hulot :
« nous savons comme n’importe quel citoyen de la Terre disposant
d’un zeste de sens commun, qu’il faut oser crier halte au feu
quand, à l’évidence, les logiques industrielle et commerciale
dépassent les limites des plus élémentaires précautions.
»
C’est bien d’un choix politique dont il s’agit. La balance
des coûts et des intérêts doit être pesée
avec la plus grande prudence.
Nous ne disposons pas encore de recul sur cette technique. L’accélération
de la découverte de nouveaux possibles doit s’accompagner d’un
temps de réflexion. L’accélération n’est
pas un progrès en soi.
Depuis des millénaires, les agriculteurs font progresser naturellement
la productivité, sans rompre des barrières éthiques jusqu’alors
infranchissables. Il y a une grande différence entre procéder
à du bouturage de plantes améliorer des espèces par fécondation
et croisement, faire évoluer l’ comme cela est fait depuis des
millénaires avec une efficacité redoutable, et procéder
à des échanges de gènes en sautant la barrière
des espèces.
Les promoteurs industriels d’une innovation doivent admettre que la
société a besoin du temps nécessaire pour comprendre
et choisir, surtout si le retour à l’état initial s’avère
impossible.
Nous vous demanderons de répéter ce que madame Kosciusko-Morizet
nommait « un exercice de lucidité », dans son rapport sur
la Charte de l’environnement en mai 2004.
Nous voulons du temps et des moyens pour la recherche publique, nous voulons
du temps et des moyens pour que des chercheurs indépendants des intérêts
des semenciers viennent éclairer véritablement le débat.
En cela, le procès qui est fait à ceux qui restent sceptiques
sur les apports des OGM actuels est un véritable procès en hérésie.
D’abord, ils seraient obscurantistes. M. le Président de la Commission
de l’économie l’a dit ce matin.
Je veux dire ici combien ce procès est faux et réducteur. Il
a été lancé par les lobbys semenciers pour défendre
leurs intérêts. Personne ne semble s’étonner d’ailleurs
que ce même procès a longtemps été fait à
ceux qui critiquaient le développement de l’ intensive à
coup d’épandages de pesticides. C’est le même procès
que l’on a fait aux promoteurs de l’ biologique, parfois encore
accusés de vouloir revenir au XIXe siècle. Nous savons tous
désormais ce procès ridicule tant l’ biologique a besoin
d’utiliser des savoirs précis, des techniques innovantes qui
obligent les agriculteurs à toujours plus de compétences.
Ensuite, les obscurantistes mettraient en péril la biotechnologie en
France. Chers collègues, il faut être un peu sérieux.
Ceux qui nous font ce procès sont ceux-là mêmes qui, par
ailleurs, poussent les chercheurs dans la rue.
Ensuite, nous ne comprenons pas très bien pourquoi il faudrait réduire
la biotechnologie à la recherche des OGM commerciaux agricoles. Encore
une fois, c’est un faux procès, un procès de lobbyiste
sans imagination.
Le Groupe SRC a toujours défendu la recherche. Particulièrement
à une époque très récente où majorité
actuelle
a sacrifié volontairement les chercheurs et donc l’avenir de
la France en diminuant les budgets de la recherche publique. Il est inacceptable
que ce soit les mêmes qui aujourd’hui nous fassent le procès
d’être contre la science. En vérité, ils nous font
le procès d’être prudents, d’être contre le
profit immédiat au risque de l’humanité.
Les socialistes ne peuvent que partager l’angoisse des chercheurs sur
le devenir de leurs budgets. Nous avons toujours lutté pour le progrès,
pour le développement de la connaissance, des sciences. Mais nous le
faisons pour que cela soit partagé par tous, durablement. La recherche
doit être développée, dans des conditions strictes de
contrôle, en favorisant les laboratoires publics. Mais cela ne veut
pas dire que la production commerciale des plantes OGM actuellement développées
doit être admise.
Pour nous, l’innovation n’a de sens qu’éthique, que
si elle est partagée pour le bien commun, et non si elle est l’objet
d’une privatisation, d’une captation au profit de quelques-uns
qui ne se soucieraient pas de l’avenir commun. L’historien français,
Jean-Pierre Vernant, disait une vérité que nous devrions tous
partager sur ces bancs : « la science peut s’exprimer sur la question
des faits, sur la question des causes, mais pas sur celle du sens. »
Or, les faits sont encore gravement incertains, nous le savons. Le sens de
l’altruisme des semenciers est douteux. Les risques existent, il continue
d’être difficile de porter des jugements incontestables. Le comité
de préfiguration de la haute autorité sur les organismes génétiquement
modifiés a d’ailleurs démontré que les risques
imposaient la mise en œuvre de la clause de sauvegarde que les textes
européens prévoient.
Ce comité met en avant l’apparition d’éléments
nouveaux sur la dissémination, sur les effets toxiques potentiels à
long terme. Il fait état de questionnement insuffisamment pris en compte.
Et en effet, nous pouvons tout de même légitimement nous demander
si ingérer des molécules de pesticide est plus raisonnable lorsque
celles-ci sont directement bombardées par la technique de la tranénèse
au sein même de la plante que lorsqu’il s’agit d’ingérer
les résidus de pesticides épandus sur les champs. Permettez-nous
de poser la question, et de vouloir faire des choix.
Mais de la demande du comité d’une réflexion sur le protocole
d’essais, nous ne voyons rien dans le projet de loi. C’est très
inquiétant parce que cela signifie que la majorité oublie le
rapport du comité, et ses conclusions. D’ailleurs, n’avons-nous
pas entendu les plus vives critiques contre ce rapport sortir du rang de votre
majorité, du Président même de notre Assemblée
qui prend ouvertement partie dans ce dossier, fustigeant le Président
du comité de préfiguration de la haute autorité pur sa
prudence. Il y aurait urgence à prendre des risques !
Pire, les travaux en commission montrent que vous souhaitez museler les membres
du haut conseil créé par le texte en remplacement de la haute
autorité. Celle-ci est victime de sa position de prudence. La transparence
aurait des limites. Le projet de loi porte ici les stigmates de la violence
des choix opérés par la majorité en faveur d’une
technologie érigée au rang de nouveau dogme. Tout se passe comme
si l’heure de la revanche avait sonné.
Ce comportement est tout à fait contradictoire avec l’idée
même de développement de la science que certains mettent en avant
dans vos rangs pour accélérer les disséminations volontaires.
Peut-être faut-il alors vous rappeler qu’il n’y a pas de
progrès scientifique sans acceptation du doute. Le doute et la discussion
ont fait les lumières. C’est par le doute qu’un scientifique
fait progresser la science. Sinon, il se transforme en disciple. Et «
seul le disciple fait légitimement le « sacrifice de l’intellect
» en faveur du prophète » rappelait le sociologue allemand
Max Weber. Vous faites le sacrifice de l’intellect.
En cela votre comportement me rappelle les paroles du Grand inquisiteur du
14e siècle Bernard Guy dans son manuel de l’inquisiteur : «
si quelqu’un discutait ouvertement et manifestement contre la foi, en
alléguant les arguments et autorités sur lesquels les hérétiques
ont coutume de s’appuyer, celui-là serait facilement convaincu
d’hérésie par les fidèles instruits de l’Eglise,
puisqu’on l’estimerait hérétique du fait même
qu’il tente de défendre l’erreur. »
Nous savons ce qu’il advenait des hérétiques découverts.
D’ailleurs, le projet de loi comporte un article extraordinaire qui
crée un délit spécial de destruction des champs OGM.
La peine encourue pour destruction d’une culture commerciale est passible
de 2 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Elle est
identique à la peine nouvelle encourue pour non respect des conditions
techniques relatives aux distances entre cultures.
Chers collègues, cela signifie que les destructions de champs OGM seront
donc poursuivies sur la base d’une peine plus lourde que la peine prévue
dans le code pénal ( à l’article 322-1) pour la destruction,
la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant
à autrui qui est fixée à deux ans d’emprisonnement
et 30 000 euros d’amende.
Cela conduit à une situation juridique où il sera plus grave
pénalement de porter atteinte à un champ OGM commercial qu’à
un champ classique et même à un champ de culture biologique.
On peine à comprendre cette distinction pour un même délit,
à moins que la dimension politique de la destruction de champ OGM ne
soit une circonstance aggravante, à moins que la volonté de
la majorité soit de créer un délit politique !
En réalité, votre texte pose le problème de la soumission
du législateur aux intérêts privés. Celle-ci est
pour l’instant légitimée par les avancées de la
connaissance scientifique. Mais la soumission du législateur aux possibilités
scientifiques, sans recul, serait la marque d’un scientisme effréné.
En gagnant l’action politique, ce scientisme nous place dans l’incapacité
de résister au mouvement de réduction de l’Humanité
au rang de capital monnayable à d’autres intérêts.
Chers collègues, Un haut responsable de l’UMP a expliqué
ce matin que les scientifiques donneront leur feu vert. C’est donc à
eux de décider, pas à nous ! En nous perdant dans la passivité
d’une réception béate d’une « science fétichisée
» soumise aux intérêts de l’argent, nous donnerions
ni plus ni moins que le droit à l’argent de dicter l’avenir
du monde, d’instrumentaliser l’Homme. Oui, les OGM sont d’abord
des organismes politiques, parce qu’ils se trouvent au centre du choix
que nous pouvons faire d’une critique du renouveau de la foi scientiste
dont les dérives passées devraient nous alerter gravement.
Ce n’est pas aux scientifiques de prendre des décisions. Elles
relèvent du choix des seuls politiques. C’est en effet aux responsables
politiques d’apprécier en tenant compte des progrès de
la science, mais aussi des problématiques environnementales, économiques,
sociétales et éthiques. « Science sans conscience n’est
que ruine de l’âme », disait Rabelais. C’est bien
chers collègues, à notre conscience que s’adressent les
appels à la prudence qui nous sont lancés.
Liberté
Au-delà des questions sanitaires ou environnementales, se pose la question
de la liberté. Où commence et où s’arrête
la liberté de chacun ? Ou commence et où s’arrête
la liberté d’entreprendre ?
Pour nous les choses sont claires. La liberté de chacun s’arrête
où commence celle d’autrui. En accordant dès l’article
premier la liberté de produire et de consommer avec ou sans OGM, vous
avez fait le choix de la liberté des uns contre la liberté des
autres. La coexistence étant impossible actuellement, vous faites le
choix de favoriser la liberté des pro-OGM et de bafouer la liberté
de ceux qui les refusent. Vous faites le choix de ceux qui vont porter attente
à la biodiversité, contre ceux qui veulent préserver
l’environnement. Vous faites le choix de privilégier les intérêts
financiers des grandes firmes contre l’avis et l’intérêt
du plus grand nombre.
Economie
Ce choix aura des conséquences graves pour tout un pan de notre économie.
La plus value que tire la France et l’Europe des productions agricoles
tient pour la plupart dans les productions de qualité attachées
à un terroir. Dans bien des domaines, la généralisation
des cultures OGM sera incompatible avec les cahiers des charges et les démarches
de labellisation, que ce soit dans les domaines des AOC, des IGP ou des labels.
C’est tout un pan de l’ conventionnelle qui sera mise en danger,
comme le sera bien évidemment l’ biologique.
Vous faites le choix d’une modifiée par l’introduction
artificielle du gène d’intérêt financier des semenciers.
Que dire de la responsabilité des pollutions ?
Votre texte prévoit que l’agriculteur sera en bout de chaîne
le seul responsable de plein droit des disséminations et contaminations
des terrains voisins. Aujourd’hui, aucun assureur ne veut assumer un
tel risque !
C’est dire combien nous sommes sur un terrain dangereux. Pour le Groupe
socialiste radical et citoyen, il est inconcevable de faire porter la responsabilité
sur les seuls agriculteurs transformés en boucs émissaires.
C’est avant tout les détenteurs d’autorisation, les distributeurs,
l’ensemble de la filière, qui doivent être appelés
à réparer les dégâts déjà prévus.
Et il ne faudrait pas oublier la responsabilité de l’Etat, qui
autorise volontairement la mise en cultures tout en connaissant les risques.
Tout juste acceptez vous de réparer les dégâts que vous
savez inévitables. Et dans quelles conditions encore !
Pour vous, donc, la liberté se résume à la liberté
de polluer si l’on paye.
Faim dans le Monde
Il est souvent avancé par les lobbys pro-OGM, que les plantes génétiquement
modifiées règleront les problèmes de la faim dans le
monde.
Les biotechnologies apporteront à n’en pas douter à l’Humanité.
Et c’est pourquoi je veux répéter que nous vous demandons
de soutenir la recherche publique, indépendante. Mais en l’état
actuel des choses, les OGM ne sont pas la réponse à la faim.
Le problème de la faim dans le monde est moins un problème de
biotechnologie qu’un problème politique et agronomique.
Au contraire, les technologies nouvelles sont utilisées pour abaisser
les productions vivrières et rendre dépendants les peuples les
plus pauvres. 800 millions d’hommes sont sous alimentés.
Le problème de la faim dans le monde est un problème politique.
Nous voyons aujourd’hui les pays les plus riches accaparer les espaces
agricoles pour produire des agro carburants au détriment des productions
alimentaires.
A l’heure actuelle, on estime qu’un homme sur sept ne mange pas
à sa faim. Mais plus de 50% de la population mondiale est composée
d’agriculteurs. L’économiste Marcel Mazoyer montre qu’un
milliard de paysans travaillent uniquement avec des outils à main.
Ce seul chiffre montre que la révolution génétique est
certes fondamentale pour la connaissance, pour l’avenir, mais qu’il
relève du pur fantasme de croire qu’elle saura résoudre
les problèmes de la faim en augmentant la productivité.
Les deux tiers des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des
paysans !
Nous attendons les preuves de l’affirmation que les OGM pourront nourrir
la planète. Elles ne viennent pas.
Nous persistons à penser que nous devons accorder au Peuple le droit
de retrait. Pour l’instant, le projet de loi gouvernemental sur les
OGM ne permet pas ce choix. Il est encore temps de retrouver le sens de l’humanité,
qui implique de s’élever au-dessus d’une pensée
utilitariste outrancière.
A défaut, le Grenelle de l’environnement n’aura été
qu’une parenthèse médiatique enchantée dans le
désenchantement du monde. Le texte qui nous est proposé mes
chers collègues ne va pas, dans le sens du service de l’homme.
Il fait fi du principe constitutionnel de précaution, c’est pourquoi
je n’en doute pas vous voterez la motion d’irrecevabilité.