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Discussion du Projet de Loi du groupe socialiste visant à « donner un logement à chacun et abordable pour tous »

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Jean-Yves Le Bouillonnec a défendu une proposition de loi visant à donner un logement à chacun et abordable pour tous

Mardi 1 avril 2008

 

 

M. Jean-Yves Le Bouillonnec, rapporteur de la commission des affaires économiques, de l’environnement et du territoire. Monsieur le président, madame la ministre du logement et de la ville, monsieur le président de la commission des affaires économiques, chers collègues, la proposition de loi dont j’ai l’honneur de vous présenter le rapport a été initiée par le groupe des députés socialistes républicains et citoyens. Elle s’inscrit dans le prolongement de l’important travail que les groupes socialistes au Sénat et à l’Assemblée ont assumé à l’occasion de la précédente législature, et dans la réflexion que les socialistes ont conduite à l’occasion de l’élection présidentielle, des législatives et surtout des municipales.
Son objet, c’est la crise du logement, d’une gravité aujourd’hui comparable à celle du début des années cinquante.
La progression des dépenses liées au logement dans le budget de tous les ménages, l’augmentation insupportable des loyers et des charges et les expulsions qui en découlent ; l’inadaptation des logements construits aux besoins des familles ; la construction insuffisante de logements très sociaux – voire, tout simplement, de logements vraiment sociaux – ; l’augmentation du nombre de logements insalubres ; le mal-logement des jeunes travailleurs, des jeunes couples, des personnes à mobilité réduite, des familles à ressources modestes, des étudiants ou des personnes âgées ; la persistance d’un habitat insalubre ; la multiplication des marchands de sommeil ; l’augmentation du nombre des sans-logis ; le blocage des dispositifs d’hébergement : c’est tout cela, la crise du logement, une crise qui pèse sur la vie d’un nombre de plus en plus important de nos concitoyens, des plus pauvres aux classes moyennes, et qui constitue une réelle rupture du pacte républicain.
Les nombreux textes votés par la majorité depuis six ans n’ont pas réussi à enrayer cette crise, ni même à en éviter l’aggravation, et encore moins à répondre à l’objectif fondamental que se fixe la présente proposition de loi : donner un logement adapté à chacun et abordable à tous.
Ce qui est critiquable, dans les dispositifs votés par la majorité, quelle que soit l’intention de leurs auteurs – loi pour l’habitat, loi de programmation et d’orientation pour la ville et la rénovation urbaine, plan de cohésion sociale, loi portant engagement national pour le logement, loi « DALO » instituant le logement opposable –, c’est leur inspiration fondamentalement libérale.
C’est cette politique-là qui doit cesser.
En appréhendant le logement comme une marchandise ordinaire, en feignant de croire que les lois du marché viendraient réguler l’offre et la demande, en favorisant l’investissement spéculatif faute d’avoir lié les avantages fiscaux à des contreparties sociales, en proclamant l’accession à la propriété comme objectif intangible sans mettre en place une vraie stratégie d’accession sociale, les gouvernements et la majorité ont manqué à l’obligation qui incombe à l’État d’être, par sa politique, son budget et son autorité tutélaire, le garant d’un droit au logement et au parcours résidentiel sur tout le territoire national.
La flambée des prix de l’immobilier, des loyers, du foncier, des charges, les investissements prédateurs que sont les ventes à la découpe, l’exclusion des centres-villes, les rénovations urbaines clientélistes entraînent les prémices d’une ségrégation urbaine, d’une « ghettoïsation » mettant directement en cause la cohésion, non pas seulement sociale, mais aussi sociétale.
Le logement est aussi un enjeu majeur, si ce n’est l’enjeu principal, pour le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Or, dans un contexte de pénurie de l’offre, les écarts n’ont cessé de se creuser entre les ménages les plus riches et les plus modestes, le pouvoir d’achat de ces derniers étant anéanti par le poids du loyer et des charges locatives. Ainsi, en 2006, les 20 % de ménages ayant le niveau de vie le plus faible consacraient près de 25 % de leurs dépenses de consommation au logement, contre 10,8 % pour les 20 % des ménages les plus aisés.
De fait, la France a connu depuis dix ans une évolution sans précédent des loyers tandis que les prix de l’immobilier ont quasiment doublé sur la même période. Dans le même temps, les aides au logement n’ont pas été revalorisées de manière régulière ni en cohérence avec les évolutions du marché.
Celui-ci a d’ailleurs subi les effets pervers d’un certain nombre de dispositifs tels que l’amortissement de Robien, lequel a davantage constitué un produit d’investissement qu’un véritable outil de relance de la construction de logements à loyer abordable. La politique menée par le Gouvernement en faveur de l’accession à la propriété n’a pas été ciblée sur les ménages les plus modestes : même le prêt à taux zéro a été considérablement étendu en loi de finances pour 2005, tandis que le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt a été ouvert à tous les ménages au lieu d’être réservé aux seuls primo-accédants.
Le groupe socialiste propose donc un véritable changement de cap dans la politique menée par les pouvoirs publics, afin d’offrir un logement adapté et abordable à tous, et non seulement aux ménages les plus aisés.
La proposition de loi qui vous est soumise comprend trois volets : la relance du pouvoir d’achat des ménages modestes grâce à la baisse des dépenses de logement et à la protection des locataires, la réforme des dispositifs fiscaux en faveur du logement et le soutien à la construction de logements sociaux, notamment grâce au renforcement de l’article 55 de la loi SRU.
Le logement constitue le premier poste de dépenses des ménages les plus modestes, une situation qui n’est pas acceptable. Il vous est donc proposé de limiter les hausses de loyer à la relocation et d’améliorer les conditions de versement des aides au logement en les revalorisant – afin de tenir compte de l’inflation enregistrée depuis 2002 – et en supprimant le mois de carence et le seuil de 15 euros en deçà duquel les aides ne sont pas versées. En effet, comme n’ont cessé de le répéter les députés socialistes – et pas seulement eux – l’existence de ce seuil ne trouve aucune autre justification que le souci du Gouvernement de faire des économies budgétaires au détriment des ménages modestes.
Il vous est également proposé de revenir à une gestion du fonds de solidarité logement à parité entre l’État et le département.
Le présent texte comporte, en outre, des dispositions visant à sécuriser les rapports locatifs, avec la création d’un fonds de garantie des impayés véritablement universel et mutualiste. Nous vous proposons en conséquence, et par souci de cohérence, la suppression du cautionnement solidaire, qui perd son sens dès lors que le fonds de garantie est universel. Le dispositif améliore également les conditions dans lesquelles le dépôt de garantie est restitué au locataire par le propriétaire : ce dernier devra notamment justifier les retenues effectuées.
La proposition de loi n’envisage pas uniquement le poids du logement du point de vue du loyer, mais également du point de vue des charges locatives, et des charges supportées par les propriétaires bailleurs qui investissent dans des travaux d’amélioration profitant au locataire occupant.
Enfin, le texte vise également à sécuriser les accédants à la propriété victimes d’accidents de la vie.
Le deuxième volet de cette proposition de loi concerne le financement de la construction de logements sociaux, et non plus la solvabilité des ménages. Il vise notamment à renforcer le livret A en augmentant le plafond des dépôts. Le livret A est, en effet, un instrument majeur de financement du logement social.
Par ailleurs, nous vous proposons une réforme d’ampleur de la fiscalité du logement. Les analyses économiques illustrent à quel point le dispositif de l’amortissement de Robien est mal calibré : il a sans doute constitué un produit de défiscalisation appétissant pour les investisseurs, mais pas un réel outil de relance de la construction destiné à proposer un logement abordable à tous. Nous proposons de supprimer ce dispositif inefficace et extrêmement coûteux.

De même, si nous attachons tous une particulière attention à l’accession sociale, il nous semble nécessaire et légitime que les politiques publiques favorisant l’accession soient ciblées sur les ménages les plus modestes, ce qui permettrait du même coup d’accroître l’aide apportée par l’État à ces ménages.
En outre, dans le contexte de la mise en œuvre du droit au logement opposable, il est indispensable que tous les maillons de la chaîne du logement participent à l’effort de logement des populations en difficulté. La mise en œuvre de ce droit ne peut reposer sur le seul parc social ; le parc privé aussi doit être mobilisé. Il est donc proposé d’exonérer fiscalement les revenus locatifs des propriétaires bailleurs souhaitant accueillir des ménages bénéficiant du droit au logement opposable, pour inciter les propriétaires à louer un logement à un loyer de niveau social et permettre une relance de l’offre locative à loyer maîtrisé.
Enfin, l’examen des modalités d’application de la loi portant engagement national pour le logement fait apparaître l’insuffisance de l’information des propriétaires quant à l’existence de dispositifs de conventionnement, tels que le conventionnement sans travaux que propose l’ANAH. Il est donc prévu d’améliorer l’information des investisseurs souhaitant effectuer un placement locatif en acceptant des loyers maîtrisés.
Enfin, le troisième et dernier volet tend à relancer la construction de logements sociaux en agissant sur plusieurs leviers. Il s’agit ici de promouvoir une offre adaptée aux besoins.
Les dispositifs existants, en particulier l’article 55 de la loi SRU, doivent être précisés afin d’éviter les inacceptables dérives que l’on a pu constater depuis l’entrée en vigueur de cette loi : certaines communes préfèrent payer une pénalité plutôt que de participer à l’effort national de construction de logements sociaux ; d’autres n’utilisent pas toute la palette de logements sociaux qu’il leur est possible de construire, se contentant de logements de type PLS, dont le niveau de plafond est beaucoup trop élevé pour les ménages modestes. J’ai évoqué délibérément le terme de clientélisme pour stigmatiser de tels agissements.
Le texte renforce donc le système de pénalités – elles sont multipliées par cinq – et vise à rééquilibrer l’offre de logements sociaux – PLA-I, PLUS ou PLS – construits par les communes. De telles mesures nous paraissent indispensables si nous voulons répondre aux objectifs de la loi DALO.
L’État pourra en outre disposer d’un droit de préemption dans les communes ne respectant pas leurs obligations légales au titre de l’article 55 de la loi SRU. Il veillera également à répartir au mieux l’effort des différentes collectivités dans la mise en œuvre de la loi DALO. Il n’est pas équitable, en effet, que les communes bénéficiant d’un nombre important de logements sociaux soient les seules à faire un effort en faveur du droit au logement opposable. C’est une question de solidarité nationale.
Outre les modifications de l’article 55 de la SRU, il vous est proposé d’apporter des modifications au droit de l’urbanisme afin, notamment, de lutter contre la rétention foncière et de permettre aux communes de récupérer une partie de la plus-value engendrée par le classement d’un terrain en zone urbaine. Il vous est également proposé de soutenir l’effort financier des collectivités locales pour la construction de logements sociaux en renforçant les dotations qui leur sont accordées.
Par ailleurs, dans un souci de meilleure gouvernance de la politique du logement, il paraît indispensable que le contingent préfectoral ne puisse être délégué qu’aux présidents de structures intercommunales, puisque ce sont les intercommunalités qui établissent les programmes locaux de l’habitat.
Enfin, il est nécessaire que l’État contribue par tous les biais possibles à l’effort financier en faveur de la création de logements. C’est pourquoi nous vous proposons de prévoir qu’il doit vendre ses terrains et immeubles à des prix inférieurs à leur valeur vénale dès lors qu’ils sont consacrés à la construction de logements, notamment sociaux. Ce qui, dans un premier temps, peut sembler une dépense pour l’État constitue en fait un investissement, voire une économie.
Voici l’ensemble des mesures que nous vous proposons d’examiner et d’adopter. Toutes concourent au changement de cap auquel nous avons fait référence et ont pour but de proposer à chacun un logement adapté à ses besoins et à un prix abordable. Notre pacte républicain l’exige.
Au terme de cette discussion et au moment où l’Assemblée va décider si nous passons à l’examen des articles, je souhaite revenir sur les propos tenus par Mme la ministre et certains de nos collègues.
Madame la ministre, vous m’avez accusé de lancer des anathèmes. Vous n’êtes pas, depuis sept ans, la première ministre du logement à me faire ce reproche ! C’est injuste, car peu après, vous avez, ainsi que la grande majorité de nos collègues, évoqué la même réalité que moi : nous avons tous fait le même constat et nous pensons tous qu’il était nécessaire de le faire. Partager un constat, ce n’est pas lancer un anathème…
On ne permettra également de corriger les propos de notre collègue Jean-François Lamour : je n’ai jamais dit que rien n’avait été fait. Je n’en ai pas eu le temps, mais j’aurais aussi pu évoquer certain ministre au masculin, monsieur Daubresse ! Le vrai problème, je l’ai souligné depuis le début de notre discussion, c’est que les trois derniers gouvernements ont eu une stratégie libérale. En disant cela, je ne porte pas de jugement de valeur. Je parle des instruments que le Gouvernement se donne pour agir. Le problème de fond est là : c’est parce qu’il y a une stratégie éminemment libérale qu’elle se traduit in fine par un échec.
Pourquoi avons-nous présenté cette proposition de loi ? Depuis sept ans, dans cet hémicycle, nous participons très sérieusement à tous les débats sur le logement, nous y avons apporté nombre d’arguments et déposé des amendements raisonnables dont quelques-uns ont d’ailleurs été retenus, ce dont je me réjouis.
Madame la ministre, vous avez dit à plusieurs reprises en commission que vous ne déposeriez pas de projet de loi. C’est pourquoi nous avons présenté cette proposition, qui n’est ni improvisée ni tactique, mais qui reprend l’ensemble des mesures que nous souhaiterions voir appliquer si nous étions au Gouvernement !


Le document PROPOSITION DE LOI visant à donner un logement adapté à chacun
et abordable à tous, est disponible au format PDF


RAPPORT visant à donner un logement adapté à chacun et abordable à tous, est disponible au format PDF

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