
Jean-Yves
Le Bouillonnec s'oppose en l'état à la réforme de la
Dotation de Solidarité Urbaine qui remet en cause cet outil de solidarité
entre les territoires
Mardi 23 septembre 2008
Monsieur le Président de la République
La situation de quelques 200 communes de banlieue en France
est, vous le savez, très préoccupante et le bilan de 30 ans
de la politique de la ville est contrasté. Elle a sans doute permis
d’éviter la dégradation inéluctable du tissu social
et une ségrégation urbaine définitive. Mais cette politique
n’a réussi ni à améliorer sensiblement les conditions
de vie des habitants des villes concernées, ni à permettre un
fonctionnement digne des municipalités, impuissantes face à
des demandes élémentaires : logement, emploi, éducation,
santé… La crise de ces banlieues est profonde et les émeutes,
que l’on ne saurait justifier, y trouvent à l’évidence
leurs racines. Hélas, même ces évènements dramatiques
trouvent finalement peu d'écho : la France amnésique se réveille
à chaque fois en sursaut, s’inquiétant de la remise en
cause de son modèle républicain, puis se rendort finalement
dans une confortable indifférence. Malgré cela, la volonté
des habitants de ces territoires de s’en sortir, de travailler, de permettre
à leurs enfants de faire des études et de vivre mieux, ensemble,
reste intacte.
Vous avez vous-même admis l’existence dans notre pays de quartiers
« où il est plus difficile que partout ailleurs de s’en
sortir, de réussir », où « tous les handicaps, toutes
les difficultés (…) sont concentrés », « où
l’on a moins de droits, moins de chances que les autres ». Vous
avez fait de ces banlieues l’une des priorités de votre quinquennat
et avez promis un véritable « plan Marshall » pour répondre
à l’exigence de solidarité nécessaire à
des territoires depuis trop longtemps marginalisés. Aujourd’hui,
qu’en est-il ?
Les annonces faites lors de la présentation du Plan Espoir Banlieues
le 13 juin dernier vont dans le bon sens avec la mobilisation du droit commun
et l’implication de l’ensemble des ministères ; mais elles
suscitent de vraies interrogations quant à leurs modes de financement.
Il ne suffit pas de reconnaître que la politique de la ville s’est
peu à peu substituée aux crédits de droit commun dans
ces territoires ; il ne suffit pas de constater l’impuissance de cette
même politique à compenser seule l’absence structurelle
de recettes pérennes des communes concernées; il ne suffit pas
de constater que cette politique s’épuise à vouloir corriger
à la marge des problèmes qui sont ceux de toute la société
urbaine. Encore faut-il lui donner les moyens des ambitions qu’on lui
prête. Ces problèmes relèvent autant d’une politique
globale d’aménagement du territoire que d’une claire vision
de ce que le vivre ensemble, en France, impose à tous.
De plus, le gouvernement est sur le point de pervertir l’un des symboles
de la solidarité financière que, comme vous l’avez souligné,
« nous devons aux communes les plus pauvres. Car s’il y a des
villes avec des pauvres, il y a aussi des villes pauvres qui n’ont tout
simplement pas les moyens de s’occuper de leur population ». Vous
avez souhaité un projet de réforme de la Dotation de Solidarité
Urbaine et de Cohésion Sociale (DSU-CS) au profit des villes les plus
en difficulté. Rappelons que l’action de l’Etat, par ses
concours financiers, devrait cibler la correction des inégalités
territoriales, sociales et démographiques. Les études du commissariat
au Plan ont démontré l’insuffisance notoire de l’effet
péréquateur de ces dotations de l’Etat. Pour être
efficace, la solidarité doit considérer à la fois la
faiblesse des ressources et l’importance des charges.
Le projet élaboré en secret par le gouvernement alors même
que s’engageaient les discussions au sein du Comité des Finances
Locales (CFL) ne correspond pas à cet objectif. Si la méthode
est contestable, le fond l’est encore plus.
La loi Borloo de programmation pour la cohésion sociale du 18 janvier
2005 avait marqué une réelle avancée. Le mode de calcul
de la DSU-CS a intégré les critères de zones urbaines
sensibles (ZUS) et de zones franches urbaines (ZFU) ; critères légitimes
et cohérents avec la politique de l’Etat qui a déterminé
lui-même ces périmètres et les a confortés dans
le Plan Banlieues : ZUS et ZFU définissent des territoires à
faibles ressources où se concentrent conjointement de lourdes charges
socio-urbaines. Cette loi a été portée et promulguée
par votre actuel ministre de l’Environnement et de l’Aménagement
du territoire, alors ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion
sociale. Or le gouvernement opère un retour en arrière en optant
pour l'abandon progressif de ces critères dans le projet de réforme
de 2009. Avec quel résultat ?
Voici quelques exemples de villes qui vont, par rapport à ce qu'elles
auraient perçu dans le système actuel, perdre de la DSU dans
ce projet: Clichy-sous-Bois, Sarcelles, Villiers-le-Bel, Epinay-sur-Seine,
Argenteuil, Bobigny, Vénissieux, Creil, Stains, Melun, Bondy, Gonesse,
Chanteloup-les-Vignes, Garges-les-Gonesse...
Bien entendu, une énième subvention sera en même temps
créée pour les banlieues afin de compenser ce manque à
gagner. Mais son montant est insuffisant, son statut de subvention ne la rend
pas pérenne, elle devra être quémandée par les
communes nécessiteuses auprès des préfets ; surtout,
elle marginalise et déprécie une nouvelle fois les communes
dites de « la politique de la ville ».
Monsieur le Président, nous vous demandons de revenir sur cette réforme
et de réaffirmer, dans les principes, la République solidaire
que vous appelez de vos voeux. Ceci afin que votre déclaration du 8
février dernier, porteuse d’espoir, se concrétise aussi
par des mesures de solidarité au profit des villes de banlieue.
Il serait grave de considérer que le combat des élus de banlieue
ne concerne qu’eux. Il en appelle à la solidarité et interroge
directement la cohésion nationale ; parce qu'il est une promesse non
encore tenue de la République, il est le combat de l'ensemble des Français.
Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois, président
de Ville et Banlieue
Pierre Cardo, député, maire de Chanteloup-les-Vignes, 1er vice-président
de Ville et Banlieue
Maurice Charrier, maire de Vaulx-en-Velin, vice-président du Grand
Lyon
Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, membre du CA de Ville et Banlieue
François Pupponi, député, maire de Sarcelles
document : Position commune des associations de maires