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PROJET DE LOI
RESPONSABILITES LOCALES

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Projet de loi "responsabilités locales".

deuxième lecture - le jeudi 22 juillet 2004

 

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, l'hommage le plus fervent qu'un élu de la nation puisse rendre à ceux qui lui ont confié son mandat est de toujours être convaincu qu'il est utile de monter les marches de cette tribune et que prendre la parole dans cet hémicycle aura toujours un grand sens.
Même en cet instant, alors que tout laisse croire le contraire, jusqu'au silence de notre ministre, je reste convaincu qu'il faut dire les choses. D'abord, pour mettre un terme à la duplicité, qui m'est étrangère en tout cas.

M. René Dosière. Très bien !

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Ensuite, pour donner, un jour peut-être, à nos concitoyens électeurs une autre image en ne répétant pas ce qui s'est joué, ce qui va se jouer ce soir et ce qui se jouera demain.
Voilà ce que je crois. C'est pour cela que, lorsque j'ai posé simplement une question au ministre, j'attendais simplement sa réponse. Je ne cherche pas à le mettre en difficulté.
(Exclamations sur les bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
Mais je pense qu'en cet instant précis et compte tenu de la nature de ce débat, des problèmes auxquels il fait référence et qui touchent nos concitoyens et nos collectivités dans leur vie quotidienne, il était nécessaire que notre assemblée procède à cette deuxième lecture. Il n'y avait aucune raison de laisser peser sur ce débat un aléa externe, tant à l'intérêt du débat lui-même qu'au contenu de la loi que nous préparons, parce que purement politicien.

M. René Dosière. Très bien !

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Je voulais apporter ma contribution, ayant participé avec mes collègues du groupe socialiste à l'élaboration d'un certain nombre d'amendements, en particulier concernant le logement.
Je le répète, aucun des amendements que nous avons déposés ne doit être considéré comme un moyen de retarder le débat. Ici même, en première lecture, comme au Sénat, ces amendements nous ont permis de poser des questions qui demeurent et demeureront encore demain si le projet de loi est voté dans les termes souhaités par le Sénat.
En février, lors de la première lecture, j'avais déploré que les articles relatifs au logement n'ouvrent pas la voie à l'opposabilité du droit au logement. Consacré par différentes lois depuis plus de vingt ans, le droit au logement prend plus que jamais sa signification et son importance, le logement faisant défaut à des millions de nos concitoyens. Il était donc de la responsabilité du législateur d'inscrire les dispositions qui puissent rendre l'application de ce droit effective dans un texte relatif aux responsabilités locales.
En effet, l'opposabilité du droit au logement suppose la réunion de trois conditions préalables : la définition d'objectifs assortis d'une obligation de résultats, la concentration de compétences au profit d'une collectivité identifiée et l'attribution à celle-ci des moyens nécessaires pour assumer sa responsabilité.
Aucune de ces trois conditions n'est remplie par le projet de loi dans l'état, monsieur le ministre, où vous nous le présentez aujourd'hui. Nous le regrettons d'autant plus que le secrétaire d'État au logement, le 7 juillet, dans un communiqué de presse, a manifesté officiellement son intérêt pour l'opposabilité du droit au logement. Mais nous craignons que cela ne soit qu'une annonce généreuse, sans réelle application dans la loi. Nous pensons que c'est dans le cadre du projet de loi de décentralisation qu'aurait dû être définie la responsabilité des collectivités.
Si le projet échoue, monsieur le ministre, nous assisterons à l'aggravation et à la multiplication des problèmes.
La première des dispositions qui nous inquiète est celle de l'article 49 A qui, dans la rédaction issue de la deuxième lecture au Sénat, permet de déléguer au maire tout ou partie des logements sociaux du contingent préfectoral. Cette mesure est inacceptable, nous l'avons toujours dit et nous en sommes toujours convaincus. Elle prive à notre sens l'État de son principal instrument pour garantir le droit au logement. Par ailleurs, elle remet en cause les efforts entrepris pour garantir la mixité sociale que construit actuellement le ministre de la cohésion sociale. Le risque est grand, en effet, de voir certains maires peu attentifs attribuer ce contingent de logements en fonction de critères fondés plus sur le clientélisme que sur l'équité.
Lors de l'examen de cet article en seconde lecture, notre commission des lois a adopté un amendement qui prévoit que la délégation de ce contingent se fasse prioritairement au profit des EPCI ou des départements ayant obtenu l'attribution des aides à la pierre. Si cet amendement, je le concède, présente l'avantage de garantir une plus grande cohérence dans les délégations de compétences, il est loin de lever toutes les ambiguïtés. Le contrôle du préfet sur les compétences qu'il délègue reste en effet très largement insuffisant.
Certes, il est prévu que le préfet retrouve ses prérogatives et se substitue à la collectivité lorsqu'elle ne respectera pas les objectifs fixés par le plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées. Mais le préfet ne pourra utiliser ce droit de substitution " qu'au terme d'une année écoulée ", en réalité après dix-huit mois. Cette durée est trop longue pour que le contrôle du préfet soit opérant. Nous proposons de la réduire, et nous avons déposé en ce sens un amendement qui pourrait être examiné.
Par ailleurs, l'article 49 A fait de ce droit de substitution une faculté et non une obligation. Si l'on s'en tient à cette rédaction, la réticence du législateur n'est pas justifiée : le préfet retrouve ses compétences même si les objectifs du plan départemental ne sont pas respectés. Pour prévenir ces dangers et respecter la cohérence de l'action publique en direction du logement, le groupe socialiste a déposé un autre amendement tendant à supprimer le dispositif de l'article 49 A.
La deuxième disposition relative au logement qui nous préoccupe est celle de l'article 49 bis. Cet article additionnel, qui a été introduit en première lecture par voie d'amendement par l'un de nos collègues aujourd'hui secrétaire d'État, a pour objet de mettre en œuvre un conventionnement global des organismes d'habitations à loyer modéré, sur la base d'un plan stratégique de patrimoine et pour une durée de six ans.
Nous avons été étonnés alors qu'une telle mesure, dont personne ne nie l'importance, prenne place dans le cadre d'un projet de loi sur les libertés et les responsabilités locales, et plus encore sous la forme d'un amendement proposé par le rapporteur en cours de débat. Notre étonnement est d'autant plus vif que le Gouvernement doit soumettre à notre assemblée, avant la fin de l'année, le projet de loi " Habitat pour tous ". De toute évidence, ce projet fournirait à la représentation nationale une bien meilleure occasion de débattre d'un conventionnement global.
À défaut d'avoir attendu cette occasion pour procéder à des études d'impact et à la consultation de l'ensemble des acteurs du logement, vous prenez le risque, monsieur le ministre - surtout si vous ne m'écoutez pas - de provoquer une véritable déréglementation du logement social.

M. Jean-Luc Warsmann. Le ministre écoute toujours !

M. Michel Piron. Il entend même sans écouter, et c'est pour cela qu'il est ministre !

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. En effet, les dispositions de l'article 49 bis permettent aux bailleurs sociaux de moduler les loyers en fonction de la situation géographique des immeubles. Les maires doivent faire attention, car de telles dispositions contreviennent au principe de mixité sociale et territoriale en renforçant la discrimination contre les locataires les plus modestes. Il est fort à craindre, si votre projet de loi est adopté en l'état, que ces locataires ne soient condamnés à vivre dans les logements sociaux ou les quartiers urbains les plus déshérités et les plus défavorisés. C'est ce que le ministre de la cohésion sociale cherche à combattre, notamment dans son projet de loi relatif à l'habitat.
En outre, aucune garantie n'est donnée pour que les augmentations de loyers décidées par les bailleurs soient suivies d'une hausse proportionnelle des aides personnelles au logement.
Pour l'ensemble de ces raisons et afin de garantir un débat public approfondi sur cette question, nous proposons un amendement tendant à supprimer l'article 49 bis, en suggérant de renvoyer le débat au projet de loi relatif à l'habitat qui, excusez du peu, traitera à la fois de l'habitat, des organismes de logements sociaux et des conditions dans lesquelles sera opérée l'attribution des logements.
La dernière grave inquiétude que suscite le texte tient à sa méconnaissance de la spécificité de la région Ile-de-France. En l'état, le dispositif de délégation des aides à la pierre prévu à l'article 49 n'a aucune chance d'aboutir dans cette région, faute de tenir compte de ses particularités. Ce que je vous dis là est partagé par la quasi-totalité des acteurs du logement ! (" Certainement pas ! " sur plusieurs bancs du groupe de l'Union pour un mouvement populaire.)
D'après un récent recensement, sur les vingt-deux EPCI que compte la région Ile-de-France, quatre seulement ont adopté un PLH et sept autres sont en train d'en élaborer un.

M. le ministre délégué à l'intérieur. Je connais bien la région Ile-de-France !

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. Certes, monsieur le ministre ! Ce faible nombre de PLH s'explique par la difficulté de mettre en œuvre ces plans à l'échelle des EPCI franciliens. En outre, sur les 148 bailleurs sociaux implantés en Ile-de-France, la moitié intervient sur plusieurs départements !
Tous les acteurs du logement s'accordent donc pour considérer qu'en Ile-de-France le bassin d'habitat cohérent n'est pas l'EPCI mais la région elle-même. À ce niveau seulement, la puissance publique pourra définir des modes d'intervention cohérents et apporter des correctifs aux disparités locales.
Bailleurs sociaux, responsables associatifs, élus locaux, tous, monsieur le ministre, vous ont invité à prendre en compte cette réalité dans le présent projet de loi, ce qui n'écartait absolument pas la possibilité de subdéléguer aux EPCI et aux départements. Cela est d'autant plus vrai que la région Ile-de-France accompagne depuis des années les processus de construction et de réhabilitation.
Pour l'heure, le Gouvernement, même si vous le niez, s'est contenté de reconnaître la pertinence d'une argumentation qui, je le répète, est partagée par les professionnels, comme il reconnaît l'importance de la revendication sans apporter de solution au problème.
C'est pourquoi, souhaitant mettre en harmonie les convictions et les actes de chacun, nous défendrons un amendement pour faire de la région Ile-de-France la délégataire des aides à la pierre à titre particulier...

M. Jean-Pierre Balligand. C'est la moindre des choses !

M. Jean-Yves Le Bouillonnec. ...comme vous avez considéré pouvoir le faire en matière de logement étudiant. En effet, dans la loi, la solution apportée au logement étudiant tient compte de la spécificité de l'Île-de-France, ce que nous comprenons parfaitement. Je suis maire d'une commune concernée par les logements étudiants, puisque sur les 1 300 étudiants du campus de ma commune, la moitié vivent sur le territoire de cette commune, les autres allant dans d'autres universités. C'est pourquoi je souhaite, monsieur le ministre, que vous réexaminiez ce dispositif.
Voilà, monsieur le ministre, mes chers collègues, ce que je voulais vous dire ce soir, sans savoir si ces arguments pourront demain être développés lors de la discussion de nos amendements, dont je répète qu'ils ne sont pas des amendements de complaisance destinés à allonger le débat. Nous les avons déposés pour défendre des arguments de fond et évoquer les enjeux de ce texte et les choix que nous faisons, qui d'ailleurs peuvent être contredits - cela ne me gêne pas.
Cette seconde lecture nous offre une dernière chance d'amender ce texte dans un sens plus favorable à nos concitoyens. Il appartient à chacun de la saisir.
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste.)

 

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